Los pies saben (1) – Fes

« Los pies saben » es una trilogía sobre lugares: el donde nací, Lyon; uno donde viví, Barcelona; y uno que descubrí el año pasado, Fes, en Marruecos. Hoy empiezo por la antigua ciudad marroquí. Algunos escriben con los ojos, otros con el corazón, unos con la voz. Yo escribo con el olfato porque soy narigón, y con los pies, porque los adoquines sobre mi suela, son como mi huella dactilar. Pero ¿qué saben los pies?

« Les pies le savent » est une sorte de trilogie pas aussi excitante que Star Wars mais qui traite de voyages, bien que non intergalactiques. Ensemble (ou tout seul, si vous m’accompagnez pas, bande de moules), on ira dans la ville où je suis né, Lyon; on ira aussi dans une ville où j’ai vécu, Barcelone; et puis dans une ville que j’ai découverte l’an dernier, Fès, au Maroc. On peut écrire avec les yeux, avec le cœur, avec la voix. Je vais le faire avec l’odorat, vu que j’ai un gros nez, et avec les pieds, car les pavés sur mes semelles, c’est un peu mon empreinte digitale. Alors, ils savent quoi, les pieds?

Llego a la madrugada desde Tánger, en bus. Más temprano de lo previsto. ¿Habrá que hacer mas tiempo en la terminal? No, voy adonde pensaba alojarme, me reciben y puedo acostarme en el salón hasta que liberen las habitaciones. Pero no duermo, huelo, inhalo este aroma a casa, a la tela de los « seddari », estos falsos sofás sin respaldo. Hechos para que uno se acueste. Desayuno. Té con menta. Nahnah, la hierbabuena en árabe. Salgo, solo. Sin guía. Pero te vas a perder. Sí, lo sé, es el propósito, y aquí, aunque no esté en mi casa, estoy en casa.

J’arrive dans la nuit depuis Tanger, en bus. Il est tôt, plus que ce que m’imaginais. Je poireaute à la station de bus. Euh, non. Je file à mon auberge, on me reçoit et je peux squatter dans le salon jusqu’à avoir accès à la chambre. Mais je ne dors pas, je sens l’odeur du foyer, j’aspire l’arôme des « seddari », ces faux canapés sans dossier. Comme faits pour que l’on s’y couche. Je déjeune. Thé à la menthe. Le bon vieux nahnah. Bon, je sors, tout seul. Sans guide. Mais tu vas te perdre. Oui, c’est le but. Puis ici, bien que je ne sois pas chez moi, c’est un peu comme à la maison.

Los pies dirigen. Giran, avanzan y retroceden solos. Los pies siguen para que la lengua se suelte, que el idioma materno vuelva, él también, solo. Naturalmente. Entonces todo explota. Los jugos de naranja, los cominos, los carozos fermentados de aceitunas. El argán, árbol de las cabras. El ras-el-hanout, el condimento rey. La suerte es mi cara morena. Soy turista pero soy de allí. Voy y vengo como quiero (recordando que estoy perdido).

– ¿Eres de Argelia? (lo ven por mi cara)

– Argelino y Francés. Ahora vivo en Argentina.

– ¡Por eso los rizos! Eres un Diego Arab’dona!

Me explican todo, la mezquita, la universidad del siglo X, las luces y los relojes de agua, los de arena. Pego el cuerpo a las paredes, toco sus asperezas. Y sigo doblando a cada esquina sin saber donde estoy. Solo sé que si me pierdo de veras, tengo que ir bajando, siempre.

Les pieds dirigent. Ils tournent, avancent et reculent tout seuls. Eux continuent pour que la langue se délie, que le verbe maternel revienne, lui aussi, tout seul. Naturellement. Alors tout explose. Les jus d’orange, les cumins, les noyaux d’olives fermentés. L’argan, l’arbre des chèvres du désert. Le ras-el-hanout, l’épice reine. J’ai la chance d’être mat de peau. Je suis un touriste mais je suis de là-bas aussi. Je vais et je viens comme je l’entends (tout en sachant que je suis complètement paumé).

– T’es Algérien ? (la physionomie me trahit)

– Français et Algérien. J’habite en Argentine en ce moment.

– Ah c’est pour ça, la touffe de cheveux. T’es un peu Diego Arab’dona!

On m’explique tout sur la ville. La mosquée, l’université du Xe siècle, les lumières, les horloges à eau, celles de sable. Je colle le corps aux murs, je tâte les aspérités. Et à chaque coin de rue, je tourne sans savoir où je vais. Je sais seulement que si je me sens perdu pour de vrai, la consigne est de descendre.

FesLas tinturas, los cueros, los excrementos de paloma y el sudor envuelto en polvo. Tomo aire en un parque con agua. ¿O tomé agua en un parque de aire? Me detengo, hablo, pregunto. Pocas fotos, muchas miradas. Y los pies insisten. « Vamos, que hay que seguir ». El barrio judío, los hermanos, otra plaza, mi alojamiento, las conversaciones con los vecinos. Me hago fortaleza, mimetizo la arquitectura. Las raíces se afianzan y el cuero de los pies resiste cada vez más. « Puedes caminar descalzo »? De acuerdo. « Baja este callejón mojado ». Voy. Me adentro.

Les teintures, les cuirs, les fientes de pigeon et la sueur enrobée dans les grains de poussière. Je prends l’air dans un parc d’eau. Ou est-ce que je me suis désaltéré d’eau dans un parc rempli d’air? Je m’arrête, je papote, je demande. Peu de photos et plein de regards. Et les pieds continuent. « Allez, y’a encore du chemin à faire ». Le quartier juif, les frères, d’autres places, mon auberge à nouveau, les conversations avec les voisins sur le trottoir. Je me renforce, j’imite l’architecture, je me fais forteresse en récupérant la culture. Les racines se fortifient, le cuir des pieds résiste plus. « Tu peux marcher sans chaussures »? D’accord. « Descends cette ruelle ». J’y vais. Je m’enfonce.

Fes1Mojo las suelas en chorros de tinta y bajo, bajo, bajo en el laberinto de calles, algunas sin salida, otras repletas de miradas de arena. En una tienda donde compro regalos a mi familia, charlo con la dueña.

– ¿Ya te vas?

– Sí, lamentablemente no tenía mas de dos días. Me tengo que ir.

– ¿Pero has podido recorrer? Qué viste?

– Me quedé mucho abajo, en la medina vieja y caminando sin mapa.

Y contestándome que hice bien, añade:

– Así es Fes, hijo del desierto: como la Tierra, cuanto más bajas, más te acercas a su corazón. Su oscuridad, donde estamos nosotros, los pobres, esa es su belleza.

Je mouille les semelles dans les teintures et je descends, encore et encore, dans le labyrinthe de ruelles, certaines sans issue, d’autres remplies d’yeux de sable. Dans une boutique que l’on me conseille, je papote avec la propriétaire, achetant des cadeaux à ma famille:

– Tu t’en vas déjà?

– Oui, malheureusement, je n’avais que deux jours. Je dois filer.

– Tu as pu parcourir la ville?

– Bien sûr, je suis surtout resté « en bas ». La medina. J’ai beaucoup marché en me perdant.

Et, me disant que j’ai bien fait, elle ajoute:

– Tu vois, fils du désert, Fès, c’est comme la Terre : plus tu descends, plus tu t’approches de son cœur. Sa beauté, c’est cet endroit où nous nous trouvons, nous les pauvres. C’est l’obscurité.

Nass el Ghiwane

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Une réflexion sur “Los pies saben (1) – Fes

  1. Daminouche dit :

    Super beau billet ! Plein d’émotions dans tes mots, on ressent les couleurs, les bruits des pas, les odeurs (des épices hein, pas des pieds…)

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