Hip hop + Lyon + ciel = …

Voilà un lien super rapide à partager pour voir Lyon depuis le ciel, filmée par un drone, sur une excellente musique et en s’émerveillant du hip hop de la compagnie Pockémon Crew. Hip hop, musique classique, modernité et tradition de la ville à travers le quartier de la Confluence et le vieux Lyon  : un beau mélange comme  je les aime. Plus d’infos sur le site du Crew mais je cite:

« Ce projet est aussi un véritable témoignage de l’évolution de la danse hip hop aux yeux des institutions. C’est un symbole fort, qui prouve que richesse culturelle et artistique, d’horizons différents, peuvent cohabiter, collaborer, et donner vie à ce projet à l’esthétique très développée. »

Le hip hop lyonnais vu du ciel

Ahí voy con una nota rápida, a compartir, para ver mi ciudad natal Lyon desde el cielo, filmada por un drone, con una banda de sonido excelente y mirando magia de la compañía de baile hip hop Pockemon Crew. Hip hop, música clásica, modernidad y tradición de la ciudad a través de su barrio Confluence y el « viejo Lyon »  : una hermosa mezcla, como me gusta. Cito desde la pagina web del Crew:

« Este proyecto es un verdadero testimonio de la evolución de la mirada que las instituciones públicas tienen sobre la danza hip hop. Es un símbolo fuerte, que demuestra que riquezas cultural y artística, de distintos horizontes, pueden coexistir, cooperar y dar vida a este proyecto estéticamente agradable. »

El hip hop de Lyon visto desde el cielo

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Identités meurtrières / Identidades asesinas

Encore une fois, je me suis dit que je pourrais prendre le clavier, à défaut de plume, après d’horribles actes terroristes en France. De la même manière que je disais que je n’étais pas Charlie, mais plus que ça, je vais également affirmer que je ne suis pas seulement Paris, mais aussi Beyrouth, Bagdad, Tunis ou Bamako. Pas de hashtag, pas de « je sors en terrasse » ou de photos de Jawad. Le cœur n’y est pas trop. Je viens partager… un bouquin (acte de piraterie utile). Il y a quelques semaines, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire « Léon l’Africain » d’Amin Maalouf, et je l’ai terminé quasiment quand éclatèrent les incidents parisiens. Puis Ibrahim Maalouf, a publié un extrait des « identités meurtrières » du même Amin, qui est son oncle. J’ai alors décidé d’entamer la lecture de cet essai. 

Oui, c’est un essai. Pas aussi divertissant qu’un roman, mais infiniment puissant et qui résonne encore dans ma tête. Je ne copierai que quelques passages pour ne pas trop vous importuner, mais ça me ferait énormément plaisir que vous preniez quelques semaines ou mois pour le lire, et c’est la solution la plus constructive et utile que j’ai trouvée, à des dizaines de milliers de kilomètres de distances. D’avance merci.

« Parfois, lorsque j’ai fini d’expliquer, avec mille détails, pour quelles raisons précises je revendique pleinement l’ensemble de mes appartenances, quelqu’un s’approche de moi pour murmurer, la main sur mon épaule : « Vous avez eu raison de parler ainsi, mais au fin fond de vous-même, qu’est-ce que vous vous sentez ? »

Cette interrogation insistante m’a longtemps fait sourire. Aujourd’hui, je n’en souris plus. C’est qu’elle me semble révélatrice d’une vision des hommes fort répandue et, à mes yeux, dangereuse. Lorsqu’on me demande ce que je suis « au fin fond de moi-même », cela suppose qu’il y a, « au fin fond » de chacun, une seule appartenance qui compte, sa « vérité profonde » en quelque sorte, son « essence », déterminée une fois pour toutes à la naissance et qui ne changera plus ; comme si le reste, tout le reste – sa trajectoire d’homme libre, ses convictions acquises, ses préférences, sa sensibilité propre, ses affinités, sa vie, en somme –, ne comptait pour rien. Et lorsqu’on incite nos contemporains à « affirmer leur identité » comme on le fait si souvent aujourd’hui, ce qu’on leur dit par là c’est qu’ils doivent retrouver au fond d’eux-mêmes cette prétendue appartenance fondamentale, qui est souvent religieuse ou nationale ou raciale ou ethnique, et la brandir fièrement à la face des autres. »

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Una vez más, pensé tomar el teclado de nuevo, luego de actos terroristas terribles en Francia. De la misma manera que decía que no era Charlie, sino mucho más que eso, les voy a contar que no soy solamente París, sino Beirut, Bagdad, Túnez o Bamako. Ningún hashtag, no adhiero a la convocatoria « salgo a la terraza » y otras publicaciones como las humorísticas sobre Jawad. La verdad que no hay mucho animo para esto. Y ademas, vengo a compartir… un libro (piratería útil, lo vamos a llamar). Hace unas semanas, he leído con mucho gusto una tremenda novela, « León el Africano » de Amin Maalouf, y cuando ocurrieron los incendios en París, ya casi la había terminado. Luego, el músico Ibrahim Maalouf publicó un fragmento de las « identidades asesinas » del mismo Amin, su tío. Fue que decidí empezar a leer el ensayo.

Sí, es un ensayo. No es tan divertido como una novela atrapante, pero es increíblemente potente, y personalmente, resuena mucho en mis entrañas. Solo copiaré un par de fragmentos para no molestar mucho, pero me encantaría que se tomen unas semanas (o meses) para leerlo. Es la solución mas constructiva y útil que he encontrado, yo que estoy a mas de diez mil kilometros de distancia.  ¡Muchas gracias!

« En ocasiones, cuando he terminado de explicar con todo detalle las razones por las que reivindico plenamente todas mis pertenencias, alguien se me acerca para decirme en voz baja, poniéndome la mano en el hombro: « Es verdad lo que dices, pero en el fondo ?qué es lo que sientes? » Durante mucho tiempo esa insistente pregunta me hacía sonreír.

Ya no, pues me parece que revela una visión de los seres humanos que está muy extendida y que a mi juicio es peligrosa. Cuando me preguntan qué soy « en lo más hondo de mí mismo », están suponiendo que « en el fondo » de cada persona hay sólo una pertenencia que importe, su « verdad profunda » de alguna manera, su « esencia », que está determinada para siempre desde el nacimiento y que no se va a modificar nunca, como si lo demás, todo lo demás -su trayectoria de hombre libre, las convicciones que ha ido adquiriendo, sus preferencias, su sensibilidad perso nal, sus afinidades, su vida en suma-, no contara para nada. Y cuando a nuestros contemporáneos se los incita a que « afirmen su identidad », como se hace hoy tan a menudo, lo que se les está diciendo es que rescaten del fondo de sí mismos esa supuesta pertenencia fundamental, que suele ser la pertenencia a una religión, una nación, una raza o una etnia, y que la enarbolen con orgullo frente a los demás. »

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Souveraines / Soberanas.

« Si les occidentaux se battent encore pour la considération d’un statut pleinement égalitaire entre les hommes et les femmes, dans certaines cultures plus traditionnelles et isolées, la tendance semble plutôt à l’inversion : les femmes occupent une place centrale dans les fondements sociaux et spirituels, en préservant ou prônant l’égalité et l’équilibre entre les sexes. »

Si bien los occidentales siguen luchando para lograr que se observe una total igualdad entre mujeres y hombres, en algunas culturas, más tradicionales y aisladas, la tendencia está como invertida: las mujeres ocupan un lugar más central respecto de los cimentos sociales y espirituales, preservando o proponiendo la igualdad y el equilibrio entre géneros.

Souveraines de Pierre de Vallombreuse

J’ai rien inventé, tout cela vient d’un lien présentant une nouvelle exposition de Pierre de Vallombreuse, excellent photographe, dans laquelle l’image est associée aux textes de Tristan Savin. Pour en savoir plus, c’est en suivant ce lien. Le livre sort bientôt, si vous voulez me l’offrir, j’y vois aucun inconvénient !

Nada de esto es de mi autoría, lo saqué de una noticia sobre la nueva muestra fotográfica de Pierre de Vallombreuse, coterráneo mío y excelente artista, en la cual su ojo se asocia a los textos de Tristan Savin. ¡Están por publicar el libro, por si me lo quieren regalar! Por supuesto, ¡lo aceptaré con gusto!

La nuit de la tarantula

C’est bien connu, la danse apaise tous les maux. « À la nuit tombée, lorsque les premières notes de tambourins et d’accordéons diatoniques se font entendre, la foule, toutes générations confondues, se retrouve sur les places, dans les ruelles ou dans les maisons pour participer aux réjouissances, pour une gigantesque fête de famille. » Je cite un article du Monde, pour présenter un album hallucinant: le dernier disque du pianiste italien Ludovico Enaudi.
Es sabido por muchos, bailar cura las heridas. Cuando cae la noche, cuando las primeras notas de tambores y acordeones diatónicos se hacen escuchar, la muchedumbre, mezclando todas sus generaciones, se junta en las plazas, en los callejones o en las casas para lo que es una gigantesca fiesta en familia. Esta es mi introducción a la presentación del nuevo disco del pianista Ludovico Einaudi.
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Taranta Project, c’est la musique de la nuit de la tarantule, rituel « censé guérir les personnes, des femmes pour la plupart, qui avaient été piquées par la tarentule ou lycosa tarantula, une araignée très répandue dans la région. Les victimes – les tarantate – étaient alors frappées d’hystérie, secouées de convulsions ou, au contraire, plongées dans une profonde léthargie. Pour se libérer de l’emprise de l’araignée qui vivait en elle, la tarantata n’avait d’autre choix que de danser jusqu’à épuisement sur le rythme effréné de la pizzica exécutée par des chanteurs à la voix nasillarde et haut perchée et des joueurs de tambourins, de violons et d’accordéons diatoniques. »
Taranta Project es la música de la Notte della Taranta, en Italia. Cuando a uno le picaba una tarántula en las regiones italianas del sur se improvisaba un baile frenético en medio del pueblo para que las victimas bailaran locamente al son de los tambores, tras horas y horas bailando caían extenuadas y así evitaban que el veneno se propagara por su cuerpo. Esta es la leyenda de cómo nació la tarantela y durante esta misma semana empieza el Festival della Taranta en Salento.
Lorsque Einaudi prit les commandes du festival, il invita plusieurs artistes, comme le guitariste gambien Juldeh Camara, ou le joueur de kora Ballaké Sissoko, en plus de musiciens turques, italiens, grecs, etc. Je vous invite à partager cette transe le temps d’un instant, à une hypnose italo-afro-greco-turque, métissage parfait.
Cuando Einaudi asumió como director del festival, invitó a musicos de otros países, como el guitarrista de Gambia Juldeh Camara o el maestro de la kora Ballaké Sissoko, ademas de músicos turcos, italianos, griegos, etc. Hoy los invito a compartir este trance por un momento, a una hipnosis italo-afro-greco-turca, a un mestizaje perfecto y hermoso.
Ludovico Einaudi – Taranta Project

Colombia, tierra viva.

Me zambullo en una sonrisa amable. Dientes blanco, cara trigueña. Sigo los olores: cilantro, limón, mango. Camino por las calles y no me doy cuenta que estoy bailando; salen de las bocacalles faldas y vestidos coloridos, mujeres y hombres gritando, alegres, juguetones. La invitación es espontánea, las herramientas son pocas, la música es mucha.

El porro alegre, de la tierra como los aguacates, el que sumó a las trompetas, a los clarinetes, el tambor anclado en las raíces de los campesinos. El mapalé, danza de la labor de pescadores, hecha frenética. Danza de arroz y pescados, arroz y coco, arroz de negros. La cumbia, reina absoluta. Evocadora de todos los sabores. El ritmo que tiene gusto y embriaga como el ron, que grita más fuerte su nombre. El ritmo de la comunión y de la magia colectiva, el que hace girar a todos al unísono, aunque sea en sentidos distintos. ¿Y el currulao? Danza tan voluptuosa como suena su nombre. Las caderas siguen el deletreo del currrrulllao, los movimientos a su vez suaves como una caricia de pañuelo y vigoroso como un impacto de pie descalzo en el suelo.

Nombres de danzas y músicas tan deliciosos como el lulo, el níspero o la guanábana. ¿Será eso, el sabor? Moverse sin pensar, girar y girar, mezclando miembros con frutas. Piernas-guayabas, hombros-pitahayas, caderas ácidas como la maracuyá. El calor del contacto con el suelo, los pies descalzos, se confunde con el fuego del sol, y el ardor al tragar un canelazo sabroso. Ya no existen el tiempo, el espacio o las circunstancias. Todos comparten, todos sacan sabiduría y sabor de las raíces, y devuelven a la tierra viva energía en forma de alegría. ¿“Quiubo parce”? se escucha cerca. De repente, me despierta un grito: ¡Weeeeepaaaaa! Otra vez, soñé lo mismo: que volvía a Colombia.

Estas palabras nacieron para comentarles acerca de un grupo que se dedica a preservar y difundir el folclore colombiano en Buenos Aires. Se llama Colombia Tierra Viva. Cada vez que voy y que los puedo ver, es una alegría compartir con ellos, ¡desde una charla a una verdadera parranda!

Los invito a pasar, dejar comentarios ¡y por supuesto seguirlos e ir a verlos!

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Julio Jazztázar

Muchas veces, he tratado de defender al jazz, a sacarle esta etiqueta de « música elitista » o « para intelectuales », porque el jazz es, entre millones de cosas, la música de la(s) mezcla(s), aún más ahora, cuando las influencias se fusionan. Sin embargo, no podía seguir argumentando sin perder la calma, no podía entender por qué se resisten todos a ver EL jazz como uno solo. Existe un escritor que lo hizo estupendamente hace 50 años, mas o menos, y es Julio Cortázar. Antes de compartir el texto, cito también otro gran escritor latinoamericano y jazzero; Eduardo Galeano, en el libro de los abrazos (Paradojas).

« Los negros norteamericanos, los más oprimidos, crearon el jazz, que es la más libre de las músicas. »

El texto va acompañado de una pieza mencionada en Rayuela, y de otro ejemplo del mestizaje del jazz, con el trompetista Ibrahim Maalouf.

Bien souvent, j’ai essayé de « défendre » le jazz, de lui enlever cette étiquette de « musique élitiste » ou « intellectuelle », parce que pour moi, le jazz c’est, entre des milliers de concepts, la musique du (des) mélange(s), et plus encore à notre époque, où toutes les influences fusionnent à la vitesse d’internet. Pourtant, je n’arrivais pas à convaincre, à argumenter sans m’énerver, déçu de ceux qui ne cherchent même pas à écouter par curiosité. Un écrivain a réussi à le faire, et de manière incroyable, il ya  un peu plus de 50 ans. Cet écrivain est le plus Français des Argentins, Julio Cortázar. Et avant de lire le passage choisi, je vous laisse aussi une citatin d’un autre écrivain latino-américain, l’Uruguayen Eduardo galeano, dans son « libro de los abrazos » (Le livre des étreintes, un bouquin magique).

« Les noirs américains, les plus opprimés, ont créé le jazz, la plus libre des musiques. »

J’accompagne le texte d’un morceau présent dans Rayuela (Marelle), et en bonus un titre d’Ibrahim Maalouf, autre icone du métissage du jazz.

Julio Cortázar – Rayuela / Marelle

Una cosa es la música que puede traducirse en emoción y otra la emoción que pretende pasar por música. Dolor paterno en fa sostenido, carcajada sarcástica en amarillo, violeta y negro. No, hijo, el arte empieza más acá o más allá, pero no es nunca eso.

Nadie parecía dispuesto a contradecirlo porque Wong esmeradamente aparecía con el café y Ronald, encogiéndose de hombros, había soltado a los Waring’s Pennsylvanians y desde un chirriar terrible llegaba el tema que encantaba a Oliveira, una trompeta anónima y después el piano, todo entre un humo de fonógrafo viejo y pésima grabación, de orquesta barata y como anterior al jazz, al fin y al cabo de esos viejos discos, de los show boats y de las noches de Storyville había nacido la única música universal del siglo, algo que acercaba a los hombres más y mejor que el esperanto, la Unesco o las aerolíneas, una música bastante primitiva para alcanzar universalidad y bastante buena para hacer su propia historia, con cismas, renuncias y herejías, su charleston, su black bottom, su shimmy, su foxtrot, su stomp, sus blues, para admitir las clasificaciones y las etiquetas, el estilo esto y aquello, el swing, el bebop, el cool, ir y volver del romanticismo y el clasicismo, hot y jazz cerebral, una música-hombre, una música con historia a diferencia de la estúpida música animal de baile, la polka, el vals, la zamba, una música que permitía reconocerse y estimarse en Copenhague como en Mendoza o en Ciudad del Cabo, que acercaba a los adolescentes con sus discos bajo el brazo, que les daba nombres y melodías como cifras para reconocerse y adentrarse y sentirse menos solos rodeados de jefes de oficina, familias y amores infinitamente amargos, una música que permitía todas las imaginaciones y los gustos, la colección de afónicos 78 con Freddie Keppard o Bunk Johnson, la exclusividad reaccionaria del Dixieland, la especialización académica en Bix Beiderbecke o el salto a la gran aventura de Thelonius Monk, Horace Silver o Thad Jones, la cursilería de Erroll Garner o Art Tatum, los arrepentimientos y las abjuraciones, la predilección por los pequeños conjuntos, las misteriosas grabaciones con seudónimos y denominaciones impuestas por marcas de discos o caprichos del momento, y toda esa francmasonería de sábado por la noche en la pieza del estudiante o en el sótano de la peña, con muchachas que prefieren bailar mientras escuchan Star Dust o When your man is going to put you down, y huelen despacio y dulcemente a perfume y a piel y a calor, se dejan besar cuando es tarde y alguien ha puesto The blues with a feeling y casi no se baila, solamente se está de pie, balanceándose, y todo es turbio y sucio y canalla y cada hombre quisiera arrancar esos corpiños tibios mientras las manos acarician una espalda y las muchachas tienen la boca entreabierta y se van dando al miedo delicioso y a la noche, entonces sube una trompeta poseyéndolas por todos los hombres, tomándolas con una sola frase caliente que las deja caer como una planta cortada entre los brazos de los compañeros, y hay una inmóvil carrera, un salto al aire de la noche, sobre la ciudad, hasta que un piano minucioso las devuelve a sí mismas, exhaustas y reconciliadas y todavía vírgenes hasta el sábado siguiente, todo eso en una música que espanta a los cogotes de platea, a los que creen que nada es de verdad si no hay programas impresos y acomodadores, y así va el mundo y el jazz es como un pájaro que migra o emigra o inmigra o transmigra, saltabarreras, burlaaduanas, algo que corre y se difunde y esta noche en Viena está cantando Ella Fitzgerald mientras en París Kenny Clarke inaugura una cave y en Perpignan brincan los dedos de Oscar Peterson, y Satchmo por todas partes con el don de ubicuidad que le ha prestado el Señor, en Birmingham, en Varsovia, en Milán, en Buenos Aires, en Ginebra, en el mundo entero, es inevitable, es la lluvia y el pan y la sal, algo absolutamente indiferente a los ritos nacionales, a las tradiciones inviolables, al idioma y al folklore: una nube sin fronteras, un espía del aire y del agua, una forma arquetípica, algo de antes, de abajo, que reconcilia mexicanos con noruegos y rusos y españoles, los reincorpora al oscuro fuego central olvidado, torpe y mal y precariamente los devuelve a un origen traicionado, les señala que quizá había otros caminos y que el que tomaron no era el único y no era el mejor, o que quizás había otros caminos, y que el que tomaron era el mejor, pero que quizá había otros caminos dulces de caminar y que no los tomaron, o los tomaron a medias, y que un hombre es siempre más que un hombre y siempre menos que un hombre, más que un hombre porque encierra eso que el jazz alude y soslaya y hasta anticipa, y menos que un hombre porque de esa libertad ha hecho un juego estético o moral, un tablero de ajedrez donde se reserva ser el alfil o el caballo, una definición de libertad que se enseña en las escuelas, precisamente en las escuelas donde jamás se ha enseñado y jamás se enseñará a los niños el primer compás de un ragtime y la primera frase de un blues, etcétera, etcétera.

 I could sit right here and think a thousand miles away,

I could sit right here and think a thousand miles away,

Since I had the blues this bad, I can’t remember the day…

Lionel Hampton – Save it pretty mama

Ibrahim Maalouf – They don’t care about us

Personne ne parut disposé à le contredire, car Wong, avec soin, apparaissait avec le café, et Ronald, haussant les épaules, lâcha brusquement les Waring’s Pennsylvanians et le thème qui enchantait Oliveira surgit derrière un grincement terrible, une trompette anonyme, puis le piano, voilés par une brume de vieux phonographe et de très mauvais enregistrement, d’orchestre bon marché et comme antérieur au jazz, mais, après tout, c’était de ces vieux disques, des show-boats et des nuits de Storyville qu’était née la seule musique universelle du siècle, cette chose qui rapprochait les hommes plus et mieux que l’espéranto, l’Unesco ou les lignes aériennes, une musique assez primitive pour être universelle et assez bonne pour faire sa propre histoire avec schismes, reniements et hérésies, son charleston, son black-bottom, son shimmy, son fox-trot, son stomp, ses blues, pour admettre les classifications et les étiquettes, le style ceci et cela, le swing, le be-bop, le cool, va-et-vient du romantisme et du classicisme, hot et jazz cérébral, une musiquehomme, une musique avec une histoire, à la différence de la stupide musique animale du bal, polka, valse, samba, une musique qui permet de se reconnaître et de s’estimer, à Copenhague comme à Mendoza ou à Capetown, qui rapproche les adolescents avec leurs disques sous le bras, qui leur donne des noms et des mélodies comme autant de messages chiffrés pour se reconnaître, se mieux connaître et se sentir moins seuls au milieu des chefs de bureau, des familles et des amours infiniment amères, une musique qui accueille toutes les imaginations et tous les goûts, la collection des 78 tours aphones avec Freddie Keppard ou Bunk Johnson, l’exclusivisme réactionnaire du Dixieland, la spécialisation académique chez Bix Beiderbecke ou le saut dans la grande aventure de Thelonius Monk, Horace Silver ou Thad Jones, le mauvais goût d’Erroll Garner ou d’Art Tatum, les repentirs et les abjurations, les préférences pour les petits ensembles, les enregistrements mystérieux avec pseudonymes et dénominations imposées par les maisons de disques ou les caprices du moment, et toute cette franc-maçonnerie du samedi soir dans la chambre d’étudiant ou les caves, avec des filles qui préfèrent danser en écoutant Star Dust ou When your man is going to put you down et qui exhalent une odeur douce et lente de parfum, de peau et de chaleur, elles se laissent embrasser vers la fin de la soirée, quelqu’un a mis The blues with a feeling et l’on danse presque immobile en se balançant seulement, et tout est trouble, sale et canaille, et tous les garçons ont envie d’arracher ces corsages tièdes tandis que les mains caressent une épaule, et toutes les filles ont la bouche entrouverte et elles s’abandonnent à la peur délicieuse et à la nuit et alors se dresse une trompette qui les possède toutes pour tous les hommes qui sont là, qui les prend d’une seule phrase chaude et les laisse retomber comme de l’herbe fauchée entre les bras de leur compagnon, et il y a une course immobile, un saut dans l’air de la nuit au-dessus de la ville, jusqu’à ce qu’un piano minutieux les rende à elles-mêmes, épuisées, réconciliées et toujours vierges, jusqu’au samedi suivant, tout cela en une musique qui effraie les bonnes gens des places d’orchestre pour qui il ne saurait y avoir de vérité sans programme imprimé et ouvreuse, et ainsi va le monde et le jazz est comme un oiseau qui émigré ou immigre ou transmigre, saute-barrière, moque-douanes, quelque chose qui court et se répond, et ce soir Ella Fitzgerald chante à Vienne tandis que Kenny Clarke inaugure une cave à Paris et qu’à Perpignan bondissent les doigts d’Oscar Peterson et que Satchmo est partout avec ce don d’ubiquité que lui a donné le Seigneur, à Birmingham, à Varsovie, à Milan, à Buenos Aires, à Genève, dans le monde entier, c’est inévitable, c’est la pluie et le pain et le sel, cela se fiche éperdument des rites nationaux, des traditions inviolables, de la langue et du folklore, un nuage sans frontières, un espion de l’air et de l’eau, un archétype, une chose d’avant, du plus profond qui réconcilie les Mexicains avec les Norvégiens, les Russes avec les Espagnols, les réincorpore au sombre feu central oublié, les rend, mal et maladroitement et de façon précaire, à une origine trahie, leur montre qu’il y avait peut-être d’autres chemins et que celui qu’ils ont pris n’était pas l’unique et le meilleur ou peut-être qu’il y avait d’autres chemins et que celui qu’ils ont pris était le meilleur mais aussi peut-être qu’il y avait d’autres chemins doux à prendre et qu’ils ne les ont pas pris ou qu’ils les ont pris à moitié et qu’un homme est toujours un peu plus qu’un homme et un peu moins qu’un homme, plus qu’un homme parce qu’il renferme ce que le jazz pressent, éclaire et même anticipe, et moins qu’un homme parce qu’il a fait de cette liberté un jeu esthétique ou moral, un échiquier où il se réserve d’être la tour ou le cheval, une définition de la liberté que l’on apprend dans les écoles, précisément dans les écoles où l’on n’a jamais appris et où l’on n’apprendra jamais aux enfants la première mesure d’un ragtime et la première phrase d’un blues, etc., etc.

I could sit right there and think a thousand miles away

I could sit right here and think a thousand miles away

Since I had the blues this bad, I can’t remember the day…

Lionel Hampton – Save it pretty mama

Ibrahim Maalouf – They don’t care about us

Bonne année? / ¿Feliz año?

Je suis très en retard, en partie à cause de circonstances que je vous expliquerai bientôt. Mais je voulais vous souhaiter une heureuse nouvelle année, en citant un auteur uruguayen, Eduardo Galeano, magnifique poète anti-impérialiste et avec une vision très latino-américaine. J’espère que je ne vexerai personne, ce n’est bien entendu pas le but. Je préfère le présenter comme un message de tolérance et un petit rafraichissement de la mémoire:

« Aujourd’hui n’est pas le premier jour de l’année pour les mayas, ni pour les juifs, les arabes, les chinois et de nombreux habitants de ce monde. Cette date fut inventée par Rome, la Rome impériale, et bénie par la Rome du Vatican; et ce serait exagérer, dire que l’humanité tout entière célèbre cette traversée de la frontière entre les années.

Par contre, il faut reconnaitre une chose: le temps est bien aimable avec nous, fugaces passagers, et nous permet de croire qu’aujourd’hui peut-être le primer des jours, ainsi que de vouloir que ce soit un jour joyeux, comme les couleurs chez le primeur. « 

Le livre s’appelle « Les fils des jours » (los hijos de los días). Chaque jour de l’année présente une anecdote, et bien entendu, ce passage correspond au premier janvier.

Du coup, « bonne année », ou « bon passage du temps », à tous.

Estoy muy atrasado, en parte debido a circunstancias que les explicaré luego. Queria desearles un feliz y hermoso año, citando el genial Eduardo Galeano. No es mi intencion ofender o provocar alguna polémica; mas bien se trata de un mensaje de tolerancia, terriblemente necesario en nuestra era, y también de refrescar algunas memorias:

« Hoy no es el primer día del año para los mayas, los judíos, los árabes, los chinos y otros muchos habitantes de este mundo. La fecha fue inventada por Roma, la Roma imperial, y bendecida por la Roma vaticana, y resulta más bien exagerado decir que la humanidad entera celebra este cruce de la frontera de los años.
Pero eso sí, hay que reconocerlo: el tiempo es bastante amable con nosotros, sus fugaces pasajeros, y nos da permiso para creer que hoy puede ser el primero de los días, y para querer que sea alegre como los colores de una verdulería. »

Entonces, « feliz año » o « buena transición del tiempo » para todos.

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